Covid-19 est-il profitable aux riches ?

On a des résultats qui ont été produits assez récemment sur des données françaises et qui montrent que les inégalités ont augmenté pendant la crise sur deux niveaux : les inégalités de revenus d’un côté et les inégalités de patrimoine de l’autre. En réalité, vous aviez une possibilité plus importante de télétravailler si vous étiez cadre que si vous étiez ouvrier ou employé. Donc, il est assez facile de comprendre comment est-ce que cette crise a eu un impact plus important sur les ouvriers et les employés que sur les cadres, puisque le chômage partiel ne compensait pas à 100% les salaires. Et il y a une autre source d’inégalité qui paraît peut-être encore plus choquante, ce sont les inégalités sur le patrimoine. Le Conseil d’analyse économique a montré qu’il y a eu une augmentation d’épargne effectivement, mais sur les 20% les plus riches. Et de l’autre côté du spectre, chez les 20% les plus pauvres, non seulement ils n’ont pas plus épargné mais en fait, ils ont désépargné, c’est-à-dire qu’ils se sont endettés. Donc, on a une augmentation des inégalités de patrimoine non seulement parce que les riches se sont enrichis, mais parce que les pauvres, en même temps, se sont appauvris.”

Les aides du gouvernement sont-elles un bon moyen de lisser ces inégalités ?

“C’est évident, c’est-à-dire que d’abord, le chômage partiel a permis de compenser la grande majorité des revenus. Et ensuite il y a eu un certain nombre de mesures sur des catégories sociales bien identifiées qui ont permis de compenser une grande partie de la perte des revenus. Mais malheureusement, il y a des trous dans la raquette et il y a une certaine catégorie de population qui a été beaucoup plus touchée et dont on n’a pas réussi à compenser entièrement les pertes de revenus. On pense notamment aux ouvriers, on pense aux étudiants, on pense aux familles monoparentales.”

Pourquoi la bourse de porte si bien en pleine crise économique ?

“C’est vraiment une caractéristique très spécifique à cette crise, à la crise Covid, il y a une déconnexion entre cette catastrophe dans l’économie réelle, qui ne fait que commencer parce qu’on va avoir une série de faillites, probablement, et une montée du chômage encore en 2021, alors que, comme vous venez de le dire, les indices boursiers sont revenus quasiment à la normale en Europe et ils sont légèrement supérieurs en janvier 2020 aux États-Unis. Alors, comment c’est possible ? En réalité, la principale raison, c’est l’action de la politique monétaire et on ne peut pas le déplorer, on en avait besoin de cette politique monétaire. De façon très simple, la Banque centrale européenne a acheté énormément de titres privés et publics, elle a mis 1 350 milliards sur la table à partir du 18 février 2020. Qu’est-ce que ça a fait ? Ça a soutenu en fait l’investissement et l’activité, mais ça a participé, par les achats de titres, à remonter le niveau du prix des titres. Donc la politique monétaire a maintenu une liquidité très importante, qui a maintenu des taux d’intérêt très bas et c’est très bien pour les États. Mais en même temps, en achetant, en procédant à des achats massifs de titres sur les marchés, eh bien cela a maintenu le prix, alors ça a soutenu le prix de titres.”

Les milliardaires n’ont jamais été aussi riches, comment on l’explique ?

“Il y a plusieurs facteurs. Le premier, c’est que la fortune des plus riches des plus riches est liée en grande partie à cette nouvelle activité, ces nouveaux secteurs, ces nouvelles technologies. Ce sont des propriétaires d’entreprises qui ont connu une croissance absolument exceptionnelle depuis vingt ans et qui ont bénéficié de ces conditions de confinement. Ils se sont enrichis du fait de l’accroissement de l’activité de leur propre activité. Mais vous n’avez pas besoin d’être propriétaire de Facebook pour avoir gagné de l’argent. Cette crise, elle nous montre que notre système économique est beaucoup plus favorable aux détenteurs de capital, c’est-à-dire aux gens qui gagnent de l’argent parce qu’ils sont propriétaires de quelque chose, du patrimoine, qu’aux gens qui gagnent de l’argent, tout simplement parce qu’ils travaillent. Parce que les impôts ont eu tendance à augmenter sur le travail depuis quarante ans et a baissé sur le capital. Pourquoi ? La globalisation fait que le capital est extrêmement mobile, il peut échapper à l’impôt beaucoup plus facilement que le travail. Et donc, les gouvernements ont réagi en augmentant plutôt les impôts sur nos salaires et en baissant les impôts sur le capital, sur le bénéfice des sociétés.”

Un rééquilibrage est-il envisageable ?

“Là, on est vraiment sur un choix politique, un choix de contrat social. Les économistes documentent énormément l’augmentation des inégalités, que ce soit de revenus ou de patrimoine. Ce qui est intéressant en ce moment, c’est qu’on est en train de comprendre les implications macroéconomiques que ça a, ce n’est pas seulement moralement choquant l’augmentation des inégalités, c’est qu’aussi ça a des conséquences économiques et macroéconomiques sur la demande agrégée et en gros, le fait qu’on ait une croissance aussi faible depuis quelques années, c’est probablement lié à ces inégalités. La décision de changer et de lutter contre ces inégalités, elle passe bien plus par un choix politique que par une solution purement économique. Je peux vous en donner plein des solutions économiques et il y en a une qui marche très bien, c’est de taxer davantage les hauts revenus et de taxer les patrimoines et les multinationales qui ont accumulé des bénéfices et dont le taux d’imposition a baissé. Ça, c’est une solution économique. Maintenant, vous dire si elle va être adoptée, ça, c’est vraiment une réflexion politique, une réflexion de science politique qui doit nous dire si on peut se retrouver dans des conditions favorables à l’adoption de ce genre de mesures.” 

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